Depuis que j’ai découvert les réseaux sociaux, s’il m’est arrivé d’y faire de belles rencontres, je ne compte plus les jours où j’ai été témoin de cette propension de l’être humain à faire valoir sa différence, son opposition, sa colère, donner un avis que nul ne lui demande, affirmer son incompréhension, sa haine parfois (de plus en plus souvent je trouve…), cet acharnement à prendre chacun à témoin de sa propre particularité, comme s’il s’agissait inconsciemment d’installer une coupure entre « moi » et les autres, sorte de barrière infranchissable marquant un territoire au coeur duquel il s’agit de n’accueillir que mes semblables… ceux de qui je me sens compris, entendu, ceux qui pensent comme « moi » et avec lesquels je me sens en totale communauté d’esprit. L’idée étant bien évidemment de rassembler le plus de monde autour de ma cause, le nombre de soutiens, de « likes » ou de partages agissant comme une aura susceptible de légitimer ma parole. Et aucune institution aujourd’hui ne semble déroger à cette règle, comme s’il était communément admis que nous autres humains devions adhérer à l’idée qu’étant tous en apparence « différents », il fallait se faire à l’idée de l’inéluctabilité de cette division.

Ce sentiment de division, de séparation, est actuellement poussé à son paroxysme depuis la crise sanitaire qui sévit dans le monde entier, opposant pro-vax/anti-vax, pro-pass/anti-pass, sans compter toutes les conséquences que cette situation a pu engendrer en termes de violence, d’effondrement, de crises, chacun accusant l’autre d’en être responsable et se défaussant sur autrui de sa propre responsabilité. Et nos personnalités politiques ne sont pas mieux loties, elles dont on attendrait qu’elles prônent l’apaisement, la réconciliation et l’humanisme, surfent bien évidemment sur cette déferlante, tout occupées qu’elles sont à rassembler des voix en perspective des élections prochaines… Une vraie cacophonie s’est donc installée en ce monde, et plus personne ne semble entrevoir la moindre petite lumière au bout de ce tunnel de désespérance.

Pourtant, il me semble que l’espoir tient tout entier dans notre changement de regard, ce pouvoir que nous avons tous de focaliser et porter notre attention, non pas sur ce qui nous divise, mais plutôt sur tout ce qui nous rassemble. Se pourrait-il que cette impression que nous ressentons d’être « séparés » les uns des autres, ne soit en réalité qu’une simple illusion, nourrie par nos egos surpuissants à qui nous avons depuis longtemps déléguer les rênes de nos vies ? 

Aujourd’hui, si l’on s’en tient à ce qui se diffuse sur les réseaux sociaux, de quoi suis-je le témoin ? D’oppositions permanentes à coup d’arguments étayés ou pas sur la politique, l’éducation, l’écologie, la santé, l’immigration, la religion, la notion de genre, le masculin contre le féminin, le féminin contre le masculin, la soi-disant « droite » contre la soi-disant « gauche »… Notre terre n’en finit plus d’être en danger (et je rappelle qu’elle est pour l’instant la seule planète connue sur laquelle semble pouvoir se déployer le vivant) et nous autres humains nous battons encore au nom de quoi ? L’argent ! Le nerf de la guerre est là : la finance mondiale s’est emparée de nos vies et nous n’avons même plus conscience de son caractère artificiel, ni de notre propre responsabilité d’avoir laissé émerger un système qui ne profite qu’à quelques-uns et dont nous ne sommes plus capables de remettre en cause le bienfondé. Cela engendre depuis des décennies en guise de société humaine, une espèce de monstre froid qui nous semble implacable et dont ceux qui en tirent profit par le pouvoir que nous leur donnons, nous maintiennent dans l’illusion d’une fatalité à laquelle nul ne pourrait échapper… 

Et pourtant… Il ne tiendrait qu’à chacun d’entre nous, pour peu que nous nous en donnions la peine, de cesser d’entretenir cette illusion de séparation en revenant juste à nous-mêmes et en nous demandant de quels besoins nos émotions en présence nous montrent les carences. Nos vies ont-elles vraiment besoin de la technologie dernier cri ? De cette surabondance de biens dont nous ne savons que faire ? D’un placard démesurément fourni pour pouvoir mettre le nez dehors ? De cette surabondance de nourriture quand d’autres n’ont pas de quoi manger ? De cette surenchère éducative qui engendre compétition et désir de s’afficher comme « hors norme » ? De cette orgie de surproduction qui gangrène nos sociétés occidentales en appauvrissant d’autres contrées plus lointaines ? De détruire cette nature dont notre Terre-Mère nous offre généreusement sa richesse ? De prendre le pouvoir sur les autres ? Vous y croyez vraiment vous à cette mascarade ? Ne serait-il pas temps de prendre enfin nos responsabilités en réintégrant notre propre pouvoir sur nous-mêmes ?

De quoi avons-nous vraiment besoin au fond, une fois nos besoins vitaux assouvis ? Reconnaissance, rencontre, découverte, fraternité, liberté, paix, équité, justice ? A chacun de nous de plonger dans ses profondeurs pour se mettre à l’écoute… Et si notre principal besoin était juste d’être dans l’Amour ? Amour vis-à-vis de soi-même, amour offert à autrui, celui ou celle dans le regard duquel je peux me sentir reconnu et vu comme étant à ma juste place…

Aujourd’hui, peur et colère engendrée parsèment le coeur des humains. Que nous le voulions ou non, elle nous rassemble inéluctablement : peur de la maladie, peur du nouveau, peur du changement, peur de l’effondrement, peur de perdre ce que je crois détenir, peur de l’autre, peur de celui que je pense différent de moi, peur du pouvoir que je donne à l’autre, elle est une seule et même énergie… Quel qu’en soit son objet, la peur est une émotion dont nous sommes tous porteurs à des degrés et envers des motifs différents. Elle nous rassemble actuellement de par sa capacité à nous diviser : nous lui donnons tous autant que nous sommes l’énergie de se déployer dans le monde…  Se pourrait-il qu’elle ne soit en réalité que la manifestation de notre sentiment d’impuissance à laisser se déployer l’amour qui est en nous et dont nous avons tous tant besoin ? Ne vient-elle donc pas nous montrer à quel point nous nous ressemblons tous en fait dans cette gigantesque communauté d’émotions ?

Mais alors, si la peur est juste un «sentiment », une simple illusion, une sensation passagère, qu’est-ce qui nous empêche de tenter la joie de l’Amour ? L’Amour… N’est-il pas en notre pouvoir de lui offrir sa place en oeuvrant à son émergence ? C’est quoi le risque ? L’avons-nous seulement essayé un jour ? Pourtant, c’est bien l’Amour et lui seul qui peut nous rassembler pour créer cet océan d’humanité dont nous sommes chaque goutte contribuant aux flux et reflux perpétuels de la Vie.

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